ON Y ÉTAITOuïr

A2H, Homme Libre et de Parole(s)

Samedi 21 mai 2016. Deuxième journée du Festival Convergences. Un évènement sur Talence, éclectique à souhait, alliant différentes disciplines telles que le graffiti avec du Live painting, de la danse, de la musique, de l’entrepreneuriat avec des start-up, etc. De quoi ravir petits et grands, sous un soleil de plomb. Tellement plombant que ce bel évènement s’est vu interrompu sur les coups de 20h par un orage tempétueux. En une fraction de seconde, des nuages apportant la nuit et une pluie diluvienne s’abattirent sur les « Convergenciens ». Un vent à en décorner les vaches força le public à rentrer dans les locaux, par mesure de sécurité. Les Artistes, quant à eux, se sont vus déprogrammés, complètement pour certains, l’espace de quelques heures pour les autres.

Convergences Festival

Espiiem était en plein show quand la foudre s’est abattue sur nous. Obligé d’arrêter suite à un message d’alerte diffusé en plusieurs langues (qui aurait très bien pu s’intégrer au spectacle), c’est un public conquis qui s’est refroidi sous la tempête.

Les festivaliers ont alors pris les choses en mains pour maintenir l’ambiance haute en couleur : une batterie et quelques poubelles ont fait l’affaire pour continuer à chanter et danser sous la pluie.
De mon côté, je dois dire que je ne faisais pas trop la maligne. Sur le pied de guerre depuis 16h, je voyais mes interviews s’envoler au loin, dans les nuages, sous la grisaille… Jusqu’à ce que je reçoive un message d’A2H : « Beh t’es où ? ».

Hallelujah ! Le pass vers des journées plus ensoleillées à rédiger cet article qui se matérialise sous mes yeux ! Le sésame en main, je file voir les vigiles qui ne laissaient personne aller et venir sur le site. Au vu de ma détermination, brandissant fièrement mon téléphone, le message à l’écran, ils n’ont eu aucun autre choix que celui de me laisser passer en loges. Ouf… D’ailleurs, je les en remercie, sans eux, je serais encore en train de pleurer toutes les larmes de mon corps, hum.

A2H, c’est lui. Un gars sûr, qui n’a qu’une parole et qui, lorsqu’il s’engage, n’hésite pas à répondre à l’appel. A2h… Un musicien, poète, qui fait rimer les mots pour donner plus de poids à sa parole, qu’il engage, pour répondre à l’appel.
L’entretien ne devait durer qu’une dizaine de minutes. Finalement, les circonstances climatiques ont favorisé une entente chaleureuse qui a transformé l’essai : une vingtaine de minutes à parler de tout, de rien, mais toujours avec le sourire et dans la bonne humeur, avec ses acolytes, pour les blagounettes.

© FRAME pictures

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Vous avez vu comment je fonctionne ? Je vous vends l’être humain avant de vous parler de l’Artiste… Maligne, l’ancienne commerciale, hein ? Alors passons à son travail…

A2H est issu d’une famille de musiciens. Bercé par les sons Hip-Hop de la West Coast de ses 12-13 ans, l’envie d’en être lui prend et c’est en anglais qu’il gratte ses premiers textes.

« Au début, j’ai commencé à rapper en anglais parce que j’étais fan de rap américain. A la base, on est des fans en fait. Des fans de la scène West Side. J’écoutais en boucle, je m’habillais comme ils s’habillaient, on se bouffait les trucs en 56K sur internet, ça mettait deux jours à télécharger […].
Après j’écoutais du rap français aussi : NTM, Lunatic…
« 

Les temps, les mesures, ça le connait. Et c’est ainsi que dans ses productions, nous retrouvons des lignes de basses très travaillées, des caisses claires foudroyantes, des sons aux rendus très visuels, très colorés, et des textes parlant de la Vie, de sa vie.

Originaire de la périphérie parisienne, de Melun plus précisément, ses morceaux sont des extraits de biographie, avec Paris pour décors.

« Il y a plus d’histoires qui se sont passées en dehors de Paris. Sauf que Paris, même si tu n’y as jamais été, t’as ton idée, qu’elle soit même péjorative. Alors que si je parle de Tarbes, les mecs de Grenoble n’en auront rien à foutre ! Rire« 

Paris, cette ville au rayonnement international. Tout comme A2H qui, pour cet été, compte faire un tour du côté de nos cousins canadiens et africains, pour une tournée francophone. Pour lui, travailler au Canada a été une opportunité pour apporter une dimension plus « Outre-Atlantique » à son œuvre :

« Les Canadiens sont quand même très français… Mais ils sont différents au niveau de la couleur de son, de décors, de visuels. Une couleur proche des américains qui plait aux Français. »

Il le dit d’ailleurs dans « Excellent« , issu de son dernier album Libre :

« J’enregistre outre-Atlantique simplement pour les narguer. »

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Et même s’il navigue entre plusieurs ports, A2H n’oublie pas d’où il vient et fais même un clin d’œil à notre belle région dans « Clio grise« , que l’on peut écouter dans le projet Bipolaire.

« Viens on file dans le Sud
Saluer le 33 et le 40
Chiller à la plage avec un peu verte
Mettre des carottes
Manger un rougail chez la tante
Soirée sur soirée perdre la tête »

De toute façon, il m’avait prévenue dès le début de notre entretien :

« J’ai pris le parti de raconter ma vie dans les morceaux. »

Ca tombe bien, j’adooore écouter la vie des autres (#TrueStory, j’ai dû être psy dans une autre vie). Et ce que j’aime par dessus tout, c’est trouver des personnes qui ont des choses à raconter. Je vous rassure de suite, c’est le cas d’A2H. Ce qui m’a marquée chez lui, c’est sa détermination et sa polyvalence.
Détermination parce que c’est ce que j’ai retenu en premier de ses paroles. Déjà, en 2011, dans « Doux », avec Nekfeu, il rappait :

« Mise tout sur nous et appuie sur le buzzer »

Comme s’il savait. Comme s’il savait qu’un jour il pourrait vivre de sa musique. La clé de sa réussite ? Toujours voir loin et ne pas freiner devant un obstacle :

« Quand j’ai rencontré Nekfeu (pour partir de là), j’étais déjà dans une dynamique de faire quelque chose de grand, et lui aussi, tu vois. C’est d’ailleurs pour ça qu’on s’est bien entendus. […] Je trouvais que c’était une bonne manière de dire qu’on était déterminés et motivés. La détermination c’est le mot d’ordre… Dans le sens où on a sacrifié beaucoup de choses pour faire ce que l’on fait aujourd’hui. On n’a pas d’autres choix que de réussir maintenant. Même si ça ne marche pas aussi bien que je le voudrais ! Rire
Mais on a rien lâché. »

Non, pour ne rien lâcher, il n’a rien lâché. Enchaînant mixtapes et albums, c’est ave12719332_1091490914236040_5049005428816944513_o-1c un nouveau projet Libre que A2H revient sur le devant de la scène :

« Ma conception de la liberté c’est que je suis seul à décider de mon chemin. Si j’ai envie de faire une connerie, j’en accepte les conséquences, si je veux arriver à tel endroit ou tel endroit, je veux que la seule raison pour laquelle je ne suis pas arrivé c’est de ma faute. C’est ma liberté de choix et de penser. Même si des fois, je fais un peu du malgré moi. »

 

Sa polyvalence, il la doit à sa liberté. Car libre, il l’est. Indépendant jusqu’au bout des ongles, cela fait maintenant deux ans qu’il vit de la musique grâce à ses multiples casquettes. La machine A2H, premièrement, qu’il fait tourner dans le monde entier et qui lui demande beaucoup de temps entre l’écriture, le beatmaking (qu’il réalise pour lui et pour les autres), l’organisation du jeu de scène…

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Au-delà de son personnage, l’homme est musicien de métier, il est ainsi possible de retrouver certains de ses accords sur les productions d’autres artistes. Et pour finir, c’est un homme d’affaire :  son label a vu le jour il y a un an et demi. Depuis, il produit des artistes d’univers variés allant de la chanteuse à voix, au rappeur aux influences américaines, tous des amis de longue date, voire des amis d’enfance. De la vidéo au mixage, A2H a un œil sur tout.

Cependant, l’indépendance n’est pas aussi rose que voulue. Le problème dans le système actuel, c’est que si tu n’as pas de visibilité, tu n’as pas de crédibilité. Alors, lorsqu’une connexion entre un artiste de major et un indépendant pourrait se faire, l’entourage du premier n’hésite pas à mettre des freins. Pourquoi ? A cause de ce nombre de vues sur Youtube qui vient couler des Artistes qui mériteraient d’avoir autant de visibilité que d’autres.

« Pour un artiste en indé c’est beaucoup plus difficile : il faut avoir un grand nombre de vues, donc le nombre de vues parle plus que ta musique et du coup tu es tributaire de trop de choses qui ne dépendent pas de ta musique. Mais sans ça, on ne serait même pas là aujourd’hui. Donc on s’en sert, mais ça a ses limites. »

Extrapolant, nous en venons à parler du système social actuel. Pour A2H, à l’image du milieu artistique, ces schémas courent à leur perte :

« De toute façon je pense que le système tel qu’il est va s’effondrer dans pas longtemps. Ça arrive à saturation, on arrive au bout d’un truc. Mais je pense que ça doit passer par une étape un peu… violente. […] Pour qu’il y ait un changement, il faut qu’il y ait un peu de chaos là. Il faut passer par un truc un peu mauvais pour en ressortir. Si on reste dans la demi-teinte, on n’arrivera à rien. »

La vie quotidienne en décors, avec ses lots de hauts et de bas, un musicien accompli, business man à ses heures gagnées, qui n’hésite pas lui-même à s’engager pour faire changer les choses (je vois l’indépendance comme une forme d’engagement). C’est un homme libre d’esprit qui s’est présenté à moi.
Respectant sa parole et ses engagements justement, malgré l’heure qui tournait et les conditions météorologiques déplorables, A2H restait sur le pied de guerre pour jouer avec son équipe, au cas où la situation viendrait à se débloquer. Malheureusement, les choses ne sont pas allées en s’améliorant et son show s’est vu déprogrammé.

Alors les Convergenciens, les Bordelais et tous ceux qui soutiennent le Rap Français, n’ayant pas eu la possibilité de le voir, n’hésitez pas à faire un tour sur son documentaire « Libre (itinéraire) », pour découvrir l’Artiste de façon plus intimiste… A2H, homme libre et de parole(s) vaut vraiment le détour.

 

Photos © FRAMEpictures

Morgane EGEA

Morgane EGEA

La tête dans les nuages, le cœur sur une plume, c'est avec le Rap qu'elle a redécouvert le plaisir des mots et c'est à travers la prose qu'elle le communique. Reflet de l'inconscient, de l'âme, rien ne l'émeut plus qu'un texte rythmé de jeux de sonorités et de sens. C'est donc tout naturellement qu'elle s'est tournée vers l'interview d'artistes de ce genre musical : pour retranscrire la vibration qu'ils provoquent... Et la comprendre.