À boire et à manger

Des questions débiles

Je me pose des questions débiles. Je me dis, faut pas que je me loupe, puis en même temps que c’est futile. On est le 20 janvier (joyeux anniversaire maman !), demain je dois rendre le deuxième billet de « La vie d’Eymeric », mais je me pose déjà des questions débiles. Après, j’ai toujours fonctionné comme ça. Une fois que je suis lancé, dur de m’arrêter, mais là pour le moment, je me pose des questions débiles.

J’ai toujours été comme ça aussi : plein de questionnements qui ne frôlent même pas l’esprit de certains. Je veux dire, comment je sais que ce texte plaira ? Comment je sais que celui d’avant a plu ? Comment je sais qu’on s’intéresse à tout ça ? Je ne cherche pas de la reconnaissance, au contraire c’est plus par souci de rester à ma place. Après tout, à partir de quel moment un avis compte ? À partir de quel moment c’est devenu pertinent d’avoir une rubrique « La vie d’Eymeric »

Je me pose des questions débiles
Enfin là, ça peut paraître maso de qualifier de débiles des questions somme toute assez légitimes. À vrai dire, je ne sais pas vraiment si je me sers de ce texte comme un plaidoyer pour justifier sa présence ou comme un simple brouillon.

À vrai dire je ne sais même pas si je vais partir sur ce texte là pour demain.  J’avais commencé à écrire autre chose, puis je me suis dit que ça pouvait paraître sans intérêt. Puis je me suis surtout dit que ça pouvait être inutile, mais en même temps faut pas que je me loupe.
D’autant que ça s’appelle « La vie d’Eymeric », et non pas « L’avis d’Eymeric ». Alors certes le jeu de mots est voulu pour préciser que parfois je le donnerai mon avis, et souvent même, car sur bien des points, je suis quelqu’un d’engagé… Du coup, pourquoi ne pas avancer que je distillerai mes avis avec ma vie en toile de fond ?

Voilà, ça y est !  Je l’ai ma réponse, ces questions débiles ne le sont plus.

Ce texte me servira donc de présentation, car après tout j’arrive et je ne me suis pas vraiment présenté à vous. Je pense toutefois que ce début de texte peut suffire à lui-même. Je l’ai écrit tel quel, et vous le livre tel quel, parce que je suis tel quel. J’ai beaucoup de certitudes, je me bats pour elle. Mais j’ai aussi beaucoup de questionnements. Je dis questionnements et pas doutes parce que c’est différent. Bien que j’aie des doutes aussi. Ça fuse pas mal dans ma tête au moment où je vous parle, enfin où vous lisez ça quand moi, je l’écrivais.

À vrai dire c’est compliqué de se présenter. Je n’aimerais pas me résumer à quelques mots ou à un texte. Je préférerais que vous soyez surpris chaque nouveau Jeudi. Je ne dis pas que j’ai la science infuse ou quoi ou qu’est ce. J’ai toujours été plus proche de m’infuser de la science d’ailleurs, si vous me permettez l’image.

Enfin voilà, on dira que je suis ce bonhomme de 23 ans qui tente de devenir un homme digne. Puis que j’ai 23 années de bonhomme qui tente de devenir un homme digne derrière moi. Du coup elles m’ont forgé, elles m’ont fourni des trucs assez forts. J’ai pas mal de choses à dire. Ce ne sera pas toujours pertinent, mais c’est chiant d’être toujours pertinent. Parfois je parlerai d’une fille, d’autre fois de géopolitique qui me débecte, puis encore d’autres fois de sujets de société qui résonnent tout particulièrement pour moi.

J’ai finalement décidé de vous laisser avec le sujet qui m’a tout particulièrement touché aujourd’hui. Enfin « sujet » / « touché » … À vrai dire elle m’a pas tant touché que ça , et c’était pas vraiment un sujet. Parce qu’elle avait l’air soumise à personne. Elle avait l’air d’être son propre chef.

En fait Elle est rentrée dans le bus et en s’asseyant elle a souri. L’air de dire « je sais que vous me regardez, je sais que je suis belle ». Ne la jugez pas, hein ! Il n’y a aucun mal à ça. Je veux dire parfois vous voyez des femmes, monter dans le bus, malheureusement  le visage peiné. L’air de dire « je sais que vous me regardez parce que je suis moche, je sais que je ne suis pas belle. » Si vous acceptez l’un, sans trop vous souciez du sort de la jeune fille peinée, pourquoi faut-il que vous vous souciez de celui de la jeune fille belle en la détestant ? Félicitez-la plutôt.

12571330_10208440659442806_306711476_n (1)

Elle arborait un chapeau, j’emploie le terme « arborer »,  parce qu’il tombe sous le sens, elle le portait avec tant de fierté. Mais surtout parce que c’était de l’art sa manière de le porter. Sa manière d’être était de l’art, sa manière de tourner la tête au-dessus de son épaule était de l’art, sa manière de regarder le reste de la foule d’un air un peu dédaigneux était de l’art, en somme sa manière d’être était de l’art.

Quel genre d’art ?  « J’appelle art abstrait tout art qui ne contient aucun rappel, aucune évocation de la réalité observée, que cette réalité soit, ou ne soit pas le point de départ de l’artiste »… Tels sont les mots de Michel Seuphor pour définir l’art abstrait. Merci Miche-Miche de la ce-for tu viens confirmer ce que je disais. Parce qu’en aucun cas elle n’évoque la réalité observée, elle est bien plus que ça. En aucun cas elle ne rappelle, elle appelle une fois, et si tu as cette chance, à toi de la saisir. Parce qu’elle a l’habitude des techniques téléphonées, elle les voit venir alors que tu n’y as même pas encore songé.

Alors elle mène la danse, elle gère le juxbox, elle est la chef d’orchestre. Elle aurait fait chaviré El Chapo avec son chapeau, elle aurait criblé de balles le commissaire avec son regard révolver. Elle n’est ni dans le noir, ni dans le blanc, elle tient la palette de couleurs. Sa préférée c’est le rouge vif. Ce rouge qui te rappelle la situation d’urgence dans laquelle tu te trouves lorsqu’elle te regarde, avec ce sourire qui est tout sauf discret.

Parce qu’elle te dénude en un regard, tu n’as rien dit mais tu es mis à nu, et quand bien même tu serais nudiste elle te rhabille avec ce même regard. Elle a la solution à tout, puisque le problème c’est elle. Il n’y a pas à dire il y a elle et les autres. Je te dépeins le tableau qu’elle peint d’un sourire narquois au-dessus de l’épaule. Je me suis égaré à décrire une fille différente des autres. J’avais une première idée pour le deuxième volet de ma chronique, puis cette fille est intervenue qui a chamboulé tout mon programme.

Je trouve qu’on ne parle pas assez des gens différents. Je trouve aussi qu’on ne parle pas assez des gens banaux. Un jour j’écrirai sur quelqu’un de tout à fait banal. Mais aujourd’hui j’écris sur elle, sur quelqu’un de tout à fait différent. En soit ce n’était pas la plus belle des femmes, la plus sexy, je vais vous dire ce n’était même pas mon style de femme à la base. Mais elle s’en persuadait tant, elle semblait tellement sûre d’être la plus belle, elle semblait tellement sûre d’être celle qui me plaisait, qu’elle le fût. Je ne sais pas vraiment ce que je veux dire sur elle, en soit elle est restée l’espace de 10 minutes dans mon bus, mais ça lui a suffi à imposer sa galaxie.

Elle était stratosphérique. J’ai juste envie de témoigner de ça, que parfois dans la brume des trajets matinaux ou du soir, il y a ce genre d’êtres. Ce genre d’êtres qui te poussent à vouloir exister, qui te poussent à vouloir changer un sourire narquois en sourire curieux. Mais « arrêt demandé » s’est éclairé en rouge, cette couleur qu’elle doit tant aimer, et elle est descendue. La brume est alors revenue, j’ai pu recoller ma tête contre la vitre, regarder la vie à travers les gouttes de pluie qui s’étaient écrasées sur cette même vitre et attendre la prochaine éclaircie se cachant sous un chapeau, des dreads ou un bonnet allez savoir… « 

La vie d’Eymeric #2

Eymeric Macouillard

Eymeric Macouillard

Etudiant en Master Stratégie des Marques à Sup de Pub, il trouve ses inspirations entre Bukowski et Céline. Depuis sa fenêtre de bus il observe ce monde et tous les jeudis il tente de faire un bilan. Embarquez donc avec lui pour "La vie D'Eymeric" et retrouvez sa vie, ses avis et sa passion pour l'écrit ... "
https://www.facebook.com/EymericPageProfessionnelle/
Twitter : Eymericmac
Instagram : Eymeric_maclooney