Piger l'Europe

La Grèce et les racines judéo-chrétiennes de l’Europe

En 2001, la Convention, dont le mandat était de rédiger un projet de Traité instituant une Constitution pour l’Europe, avait suscité un débat enflammé sur la place à accorder à la référence aux racines judéo-chrétiennes de l’Europe dans le futur texte.

Grèce EuropeLa même année, la Grèce avait été le douzième État de l’Union à intégrer la zone Euro. Elle l’a fait en péchant, puisque le poids de son déficit public dans son PIB fut volontairement et largement sous-estimé, annoncé à 1,8% – alors qu’il était de 3,4%, soit davantage que le seuil autorisé –  grâce à une comptabilisation saugrenue de commandes d’armement et à la surestimation des excédents des Caisses de Sécurité Sociale.

Et ceci avant même que Goldman Sachs n’aide à maquiller les comptes publics grecs …

Et puis, la Grèce est aussi pècheresse car sa culture fiscale est celle de la fraude, notamment des professions libérales, comptables, avocats et médecins en tête, alors que l’église orthodoxe bénéficie d’un régime fiscal très avantageux et que les armateurs ne paient pas d’impôts. Des milliards d’euros sont cachés à l’administration fiscale : en 2012, le FMI et la Commission estimait que la fraude était encore de 12% à 15 % du PIB.

Après la crise des subprimes de 2007, le socialiste G. Papandréou reconnait, en 2009, que le déficit grec a été sous-estimé ; il sera plusieurs fois réévalué. Les agences de notation baissent la note grecque, les taux d’intérêt des obligations s’envolent et les plans de réduction des déficits s’enchainent dans un chemin de croix dont les grecs ne sont pas au bout.

o-ATHENS-900Au départ, l’État grec orchestre la réduction des déficits de son propre chef, puis, au printemps 2010, la Troïka (BCE, FMI et Union Européenne) prend le relais, mettant le pays sous tutelle.

Des milliards d’euros sont prêtés aux Grecs en contrepartie de réformes visant à réduire le déficit public par la baisse des dépenses.

Ces réformes, sans surprise, concernent les régimes de retraite, des coupes sombres dans la fonction publique et des salves de privatisations. Une grande partie des sommes prêtées permettent de rembourser les dettes en cours.

Un chapelet d’indicateurs négatifs

Les différents plans d’austérité ont lamentablement échoué : le PIB s’est écroulé de 27 % entre 2008 et 2014 -, une chute jamais vue depuis la crise de 1929 – Un quart de la population active est au chômage – plus de la moitié chez jeunes -, le revenu moyen en termes réel a baissé d’un tiers depuis 2008 entraînant une explosion de la pauvreté – selon les standards de 2008, 45% de la population est sous le seuil de pauvreté -, l’espérance de vie a baissé de deux ans et …. la part de la dette publique dans le PIB est passée de 100 % en 2008 à 176% en 2014, niveau insoutenable.

crise-grecque

Une politique d’austérité, donc, aussi efficace que nuisible sauf à considérer que son dessein était de punir les grecs de leurs péchés et de les faire expier.

Depuis janvier 2015 et l’élection de Syriza, la Grèce refuse de se laisser crucifier. Au contraire, elle résiste à l’inquisition.
Le programme de Thessalonique adopté par Syriza va au-delà des mesures qui permettent de faire face à la crise humanitaire : fourniture d’électricité gratuite, aide au logement, aide alimentaire aux plus pauvres.

Il prévoit le rétablissement du salaire minimum à 740 euros bruts, l’annulation des réformes qui ont démantelé le droit du travail, la réouverture de la télévision publique et la mise en place d’une politique de relance afin de faire repartir l’activité. Parallèlement, des mesures pour endiguer la fraude et l’évasion fiscale sont prises afin de restaurer la justice face à l’impôt.

Alors que la Grèce n’a plus rien reçu depuis août 2014, et que le défaut de paiement menace si un accord n’est pas trouvé avant le 30 juin, le gouvernement Tsipras a accepté des compromis sur les programmes de privatisations ou la politique de relance mais ne semble prêt à céder à la compromission : il refuse de réduire les pensions de retraites et d’augmenter la TVA sur l’électricité.

L’Europe exprime ainsi bel et bien ses racines judéo-chrétiennes : elle fait expier le pêcheur et depuis janvier, elle torture l’hérétique, quitte à y perdre son âme …
Espérons qu’un jour les enfants du Pirée retrouvent leur Éden.

Géraldine P.

Géraldine P.

"A long terme nous serons tous morts", disait J.M. Keynes, mais d'ici-là rien ne nous empêche de comprendre pour résister et proposer.

1 Comment

  1. 23 juin 2015 at 16 h 35 min

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