À boire et à manger

La pomme pure

L’étymologie de son prénom signifie Dieu Pardonne, en hébraïque.
Comme si le ciel était venu brailler « vas-y assume que tu es belle, que tu t’habilles bien, sois pédante, sois énervante, sois une diva on ne dira rien, car pour toi Jeanne, Dieu Pardonne « .

Comme si un signe divin était descendu du ciel afin de rassurer la diva qu’elle était. Ou du moins, la diva qui s’oblige à divaguer quant à son propre sujet. Parce qu’elle le sait au fond. Même si c’est profond, un jour elle a creusé et elle est tombée sur ce petit trésor, ce petit truc brillant en elle. Alors forcément quand les compliments ne tombent pas à la pelle, le trou dans lequel nous sommes est plus profond.

Mais le truc c’est que … Un trou se forme-t-il naturellement ? Parfois oui, mais lorsque la nature vous envoie tel qu’elle, difficile de croire que Mère Nature y est pour quelque chose. Donc quel est le jardinier, quel est le garçon qui a contribué à mettre sous terre cette Jeanne ? Quel est le jardinier qui a troqué l’eau pour l’insecticide afin de tronquer
l’épanouissement de Jeanne ? Quel est celui qui ferme les volets lorsqu’il fait beau, qui baisse le son lorsqu’elle danse, quel est celui qui coupe la fleur en prétextant éliminer les mauvaises herbes ? Ou bien ne s’est-il tout simplement pas aperçu de la fleur qu’il avait en face de lui ?

L’erreur est humaine, mais tout de même, difficile de faire croire qu’on voit la lune à la place du soleil. Cependant, qu’elle genre de fleur est Jeanne ? Et bien, savez-vous ce qu’est la Nyctinastie ? La Nyctinastie c’est une fleur, une belle fleur, mais elle a une particularité. Elle s’ouvre aux yeux du monde et se referme aux yeux de ce même monde à sa guise. Rien n’influe dans son choix de s’ouvrir ou non, elle n’en fait qu’à sa tête.

Par conséquent si vous êtes là au mauvais moment au mauvais endroit, vous loupez le moment où elle peut s’ouvrir à vous. Car bien entendu son ouverture sur le monde est plus rare, sinon ce serait trop facile.

La deuxième particularité de la Nyctinastie c’est qu’au premier abord elle ressemble étrangement à une marguerite. Notez bien « au premier abord ». Loin l’idée de penser que cela soit péjoratif, toutes les marguerites sont belles. Mais la Nyctinastie lorsqu’on s’approche, lorsqu’on fait attention aux détails, elle est sensiblement différente. Elle est plus belle. De plus, plus vous prenez le temps d’attendre qu’elle s’ouvre, plus elle paraît belle.

Bien entendu cela nécessite de la patience. Mais surtout ne soyez pas trop brusque, un faux pas et la Nyctinastie se referme.

Et bien vous savez quoi ? Jeanne est une Nyctinastie. Elle se fond dans la masse, mais Dieu sait qu’elle fait partie de l’élite. En réalité c’est une fleur fragile, rare et difficile à apprécier si on ne prend pas le temps. Mais plus le défi est grand plus la victoire est belle non ? Il faut donc s’accrocher afin de voir éclore quelque chose entre elle et vous.

Parlons maintenant de son « nous » à elle, de son entourage, de ceux avec qui elle noue des liens. Son entourage est très restreint et parfois lorsqu’on lui demande « qu’est-ce que tu fous avec des filles comme ça ? « . Elle répond « bah je suis une fille comme ça ».

Même si c’était vrai, rappelons à Jeanne que son prénom signifie Dieu pardonne. Hors Jeanne n’est pas comme
ça, Jeanne met une soupape sur son volcan, Jeanne ferme constamment la boîte à musique.

Même si ça surprend Jeanne, c’est ce qu’on ressent lorsqu’on la voit : Zizou en CFA. Et l’image
du jardinier est déclinable à l’entraîneur, comme si l’entraîneur sachant qu’il n’ira jamais à un niveau supérieur gardait Zidane pour lui, l’empêchant d’aller plus haut. Et Tina Aréna s’emploierait à le crier : Va plus haut Jeanne.
Cependant elle ne doute jamais sur le fait qu’elle est une personne bien. J’aimerais qu’elle n’ait aucun doute non plus sur le symbole qu’elle est. Parce que oui elle symbolise quelque chose, ce quelque chose qui t’interpelle, ce quelque chose qui éveille la flamme.

Car Jeanne a plusieurs cordes à son arc afin de te faire faire la guerre de cent ans avant de l’avoir. Et si le bûcher est
un truc qui t’effraie, ne te jette pas à l’eau, car qui joue avec le feu prends le risque de se brûler.
Lorsque Jeanne est là, rien ne sert de courir plusieurs chevaux à la fois, parce que ça te prendra du temps, parce que ça ne sera pas simple. Un exemple, rien ne sert de complimenter Jeanne.
Parce qu’on s’en fiche de lui dire qu’elle est belle, elle le sait. Ce qui est intéressant c’est pourquoi elle est belle, qu’est ce qui la fait vivre ? Qui est-elle ? Les mecs draguent, parlent aux filles. Mais tu es ici pour écouter Jeanne. Il faut que Jeanne te parle, que Jeanne te conte, que Jeanne se conte. Parce que Jeanne est la pomme pure qui s’écarte du panier pourri. Donc écoutez Jeanne avant que les signes annonciateurs ne deviennent des Cygnes qui s’envolent.
Je suis un peu déçu, parce que j’attendais tellement de ce texte ! Mais il me parait impersonnel. Encore qu’impersonnel reste logique, car on ne se connaissait pas plus que ça.
J’ai juste l’impression qui ne transmet pas d’émotions. Du moins dans sa première partie qui dresse un portrait
élogieux, certes, mais froid.

Je suis en accord avec tout ce que j’ai dit, mais il me semble manquer quelque chose. Au fond c’est peut-être ça qui manque, c’est peut-être ça que je n’ai pas compris, Jeanne elle est faite pour rester froide, du moins tant qu’elle restera dans ses carcans.
J’ai l’impression de décrire une superbe journée vécue derrière mes volets. J’ai l’impression d’avoir écrit les quelques rayons de soleil qui traversent son être malgré elle et que j’ai pu capter. Mais au fond je n’en ai pas profité réellement. Parce qu’au fond c’est trop fort pour elle, elle ne pourra pas le contenir éternellement. Ça brille tellement de l’intérieur que pour le moment ça ne rayonne qu’en petit rayons. Mais viendra le jour ou le volet se lèvera.
La fois où je l’ai rencontrée, grisâtre était le temps. C’était sur une place que j’affectionne. A vrai dire pas tout à fait car avant d’aller sur cette place, je l’ai retrouvée alors qu’elle écoutait sa musique sur un banc. C’est marrant parce que autant elle peut rayonner, autant la première fois que je l’ai vue, elle se mariait parfaitement avec le temps grisâtre.

Jeanne est grande, pour une femme. Jeanne est grande, mais Jeanne est petite, dans la conscience de soi, Jeanne est petite. Je pense que celui qui marie Jeanne se verra drogué à elle à vie. Ça tombe bien pour l’amatrice d’herbe qu’elle était. Herbe qui la matrixe parfois au point de l’enfermer dans sa matrice.

Elle, l’impératrice de son monde, de sa bulle. En plus c’est dur de comprendre Jeanne, il faut le décodeur. Elle me rappelle un peu celui de Canal +, si tu ne l’as pas, l’image de Jeanne disparaît peu à peu, elle se crypte, on capte mal le film dantesque qu’elle est, le message qu’elle abrite.

Cela dit, il y a une image qui me revient souvent lorsque je pense à Jeanne. C’est celle de la pomme pure dans le panier pourri. Je pense réellement que sur cette Terre, il y a des êtres différents. Comme ont pu l’être Gala, l’épouse de Salvadore Dali. Je pense que Jeanne est une de ces muses des temps modernes comme on en trouve rarement. Je pense réellement que Jeanne est là pour insuffler quelque chose de grand parce qu’elle est grande. Je pense que sa
vie doit être une œuvre et qu’elle le sera. Il faut juste qu’elle trouve le temps de se trouver. On s’en rend compte de ça, car malgré le fait qu’elle soit la pomme pure elle semble rester le fruit défendu…
Parce que le truc avec Jeanne c’est que tu as du mal à savoir si elle est très très seule ou très très esseulée. Je m’explique. Etre seul c’est un choix. Un choix d’abord égoïste, car on fait primer sa personne avant celle des autres. Etre esseulé c’est autre chose, c’est être délaissé, c’est quand ton entourage n’est pas à la hauteur.
Bah Jeanne je ne savais pas de quelle côté elle était du terrain. Est ce qu’elle s’amusait juste à me balader ? Est ce qu’elle prenait juste ce dont elle avait besoin puis elle repartait sans faire attention à qui la servait. Comme dans un Fast food émotionnel.

Ou est ce qu’elle avait peur ? Peur de trouver un grand chef cuistot, de s’intéresser à lui et à la recette parce qu’elle savait qu’elle valait mieux que celles de son entourage.

Alors Jeanne : muse ou s’amuse, bonne ou mauvaise, noire ou blanche ? Je pense qu’au fond il n’y a pas de véritable réponse. Parce que Jeanne c’était ça, c’est ça : elle efface le manichéen. Il n’y a plus de noir, plus de blanc mais
juste du gris, du gris qui parfois abrite un arc en ciel de couleur qui inspire.

Mais plus ça va, plus tu es empli de doutes, tu te dis qu’elle s’amuse. Elle a beau se défendre qu’elle ne se sert
de personne, lorsque tu demandes concrètement d’avancer, elle fuit. Donc je dois avouer que je pencherai naturellement plus vers la première solution, celle qui dit que Jeanne s’amuse. Mais le caractère singulier de Jeanne me pousse à hésiter. Car après tout peu importe,  finalement
: Dieu pardonne non ?

La vie d’Eymeric #6

Photo Marie Jourdain

Eymeric Macouillard

Eymeric Macouillard

Etudiant en Master Stratégie des Marques à Sup de Pub, il trouve ses inspirations entre Bukowski et Céline. Depuis sa fenêtre de bus il observe ce monde et tous les jeudis il tente de faire un bilan. Embarquez donc avec lui pour "La vie D'Eymeric" et retrouvez sa vie, ses avis et sa passion pour l'écrit ... "
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