(R)évolutionsSociété

Le sexe Fort

On nous bassine avec l’égalité homme-femme, ayant mal digéré la pilule, je viens vomir sur certains de ces points.

Alex a travaillé dur toute sa vie, sans relâche quitte à lâcher quelques moments de vie pour mieux privilégier sa vie professionnelle. Cependant, Alex n’a jamais réussi, n’a jamais évolué, du moins d’après les gens. Alex n’a jamais été accepté par ses collègues, ni même dans la vie en général. On reprochait à Alex un tas de choses, d’enchaîner les conquêtes, pourtant ça prouvait qu’Alex avait du charisme non ? C’est important le charisme. On lui reprochait de trop l’ouvrir aussi. Que parfois il valait mieux se taire, du moins que ce n’était pas à Alex de la ramener. Un jour au travail, Alex a voulu s’insurger. Pour cause, cela faisait des années qu’Alex planchait sur un plan. Puis du jour au lendemain, on a confié ce plan à Paul. Alex bouillonnait de rage, Alex savait que c’était dû à son apparence. Depuis toujours dans l’entreprise on le lui reprochait et ce jour-là, en raison de celle-ci, on lui avait même dit de ne pas parler. On reprochait à Alex d’être maigre, d’avoir moins de force que les autres, en somme Alex ne devait pas rentrer dans la norme que ce milieu professionnel avait fixée. Mais qui fixe la norme ? Qui dit que les gens comme Alex ne doivent pas travailler dans ce milieu ? Qui plus est soyons honnêtes, il n’y a pas que dans ce milieu que cela se passe comme ça. Mais dans tous les milieux. Les gens comme Alex ne sont pas acceptés, parfois même considérés comme moins intelligents. C’est dur d’être Alex, c’est déjà dur de l’être dans la vie, mais ça l’est d’autant plus dans le monde du travail. Les personnes comme Alex doivent se battre toute leur vie pour être reconnus, on le nie, on réfute cette idée, on dit que ça a évolué. Mais c’est faux. Les personnes comme Alex doivent toujours en faire plus, prouver plus, malgré les mêmes compétences. En fait on reprochait à Alex d’être Alex. En aucun cas on aurait reproché à Paul d’être Paul. Paul avait le droit d’être comme il le voulait, de ramener autant de conquêtes qu’il le voulait. Il restait le gentil Paul, il restait méritant car il avait travaillé. Paul était avant tout Paul. Dans le cas d’Alex, Alex était avant tout une femme.

Cela vous surprend ? Oui, Alex est une femme. Alex est une femme qui enchaîne les conquêtes et qui travaille dur. Jusqu’ici, la situation paraissait scandaleuse, les plus mauvais esprits changeront leur discours après avoir appris qu’Alex était une femme. Bien entendu, cela paraît tout de suite beaucoup plus logique. Il faut l’admettre : il y a un sexe fort, qui hurle fort, qui sent fort… Il y a une forte différence entre un homme et une femme. Mais enfin, comprenez : un homme qui enchaîne les conquêtes est fort, grand, talentueux, charismatique, beau. Une femme qui enchaîne les conquêtes ? C’est une fille facile.

David Boisseleau

© David Boisseleau

En 2016, vous n’avez toujours pas compris cela ? Une femme se doit aussi d’être belle, bien sûr qu’elle se doit d’être jugée par sa manière d’être vêtue au travail. Ne vous leurrez pas, elle est là uniquement pour distraire ses collègues masculins, leur offrir des échappées fictives durant leurs dures heures de travail bien réelles. En aucun cas, elles ne sont choisies pour leurs qualités. L’ouvrir ? Et puis quoi encore ! Si ce n’est l’entrejambes en quoi une femme se doit de l’ouvrir, en quoi Alex aurait-elle son mot à dire ? Déjà, elle est dans l’entreprise, elle a un emploi, honte à elle elle n’a toujours pas d’enfant à 35 ans, elle n’est pas mère au foyer. En plus d’avoir raté sa vie de femme, elle voudrait réussir une carrière d’homme ? Que chacun reste à sa place enfin …

Vous voyez il y a un sexe fort, qui hurle fort, qui sent fort, qui se trompe fort… Bien entendu le trait est grossi, quitte à devenir une bande, une grosse bande bien gênante. Mais en somme, ce genre de discours c’est aussi la bande originale en 2016 de beaucoup de femmes. Répétons-le, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’Alex était une femme, son histoire choquait, interloquait… Ensuite, on se met à se poser des questions, à se dire que c’est exagéré, à relativiser… Sous prétexte que c’est une femme. L’argument du phallus est donc fallacieux.

Messieurs, ce deuxième paragraphe vous est destiné. Armez-vous de votre phallus, de votre ego, accessoirement de votre cerveau et discutons. J’ai du mépris à votre égard, parce qu’en 2016 les hommes comme moi détonnent, je parle ici de ceux qui prennent le parti des femmes comme je le fais là. En 2016 les hommes comme vous il y en a des tonnes.

Donc résumons la situation depuis la nuit des temps, vous attendez le jour dans le but de chasser une femme. Chasser c’est le terme, vous ne cherchez pas à connaître la femme, mais la proie que cette femme représente pour vous. Puis à un moment donné, vous allez travailler, afin de gagner de l’argent pour impressionner … une femme. Cependant hors de question qu’elle gagne plus d’argent que vous, vous êtes le sexe fort, celui qui veut mener la danse mais qui souvent ne sait pas danser. Vous êtes le sexe fort qui veut toujours bien manger mais qui souvent ne veut pas cuisiner, vous êtes le sexe fort qui veut être bien habillé mais qui souvent ne veut pas repasser. Vous désirez le beurre, l’argent du beurre, la crémière et souvent la meilleure amie de la crémière.

©Yang Liu Design / TASCHEN

©Yang Liu Design / TASCHEN

Donc vous désirez aller à droite, à gauche, puis retrouver au centre de votre chemin un butin 30 % plus élevé que celui des femmes. Femmes qui, elles, font le beurre, élèvent vos enfants et travaillent plus dur car vous l’avez décidé. Car 30 % c’est le chiffre exact, à même niveau d’études un homme gagne 30% de plus qu’une femme. C’est ce qu’on appelle le plafond de verre. Aujourd’hui je sonne ce verre avec ma fourchette, j’apostrophe l’assemblée et je vous tiens le discours qui va suivre. Cependant, précisons une chose avant tout, nous sommes ici au mariage de la misogynie, et sa femme la complaisance s’apprête à dire oui. Lorsque je m’adresse à l’assemblée, je m’adresse à tous les témoins de la complaisance, à savoir ces dames.

Mesdames ce troisième et dernier paragraphe vous est destiné. J’ai, il y a peu, assisté à une conférence sur l’égalité homme-femme. On m’a assailli de statistiques par dizaines : 31% des femmes travaillent à temps partiel, 20,8 % seulement de femmes présentent dans les administrations du CAC 40, en proportion beaucoup plus de femmes à la fac et pourtant en infériorité dans les hauts placés des facultés. Il a aussi été dit qu’il était important de «taper au porte-monnaie» afin de sanctionner les entreprises ne favorisant pas l’essor des femmes. Pourquoi «taper au porte-monnaie» ? Ne serait-il pas temps mesdames de se créer son propre porte-monnaie ? Après enquête il est apparu que la misogynie a l’air d’être profondément ancrée dans certains milieux. Pourquoi alors ne pas se créer son propre milieu ? Lorsqu’un pull est profondément taché et qu’on s’aperçoit que le K2R est inefficace, on finit par le laisser tomber et on se trouve un autre pull. Il en va de même pour ce cas précis. Pourquoi être dans la complaisance, pourquoi se complaire dans ce rôle de toujours devoir se battre, réagir, pourquoi ne pas être dans l’action plutôt que la réaction ?

Je ne dis pas là qu’aucune action n’est entreprise par des femmes pour des femmes. Je dis que, le plus souvent elles le sont dans le but de contrecarrer des plans d’hommes, pour répondre à la misogynie. Ignorez la misogynie, existez pour vous et non pas pour eux. Sinon vous ne faites que donner de l’eau à leur moulin. Gare aussi à ne pas devenir méfiante de tous les moulins du monde. Je fais ici référence à ce fameux «féminisme 2.0» mené par les Femens et leurs consorts. Se définissant elles-mêmes de «sextrémiste» et sous couvert du drapeau du féminisme, elles accumulent blasphèmes, manque de respect tout en le qualifiant de «coup d’éclat». En effet il y a un éclatement, un éclatement de toutes les valeurs que le féminisme se veut défendre à la base. Les féministes souhaitent, tout comme moi, qu’on cesse de résumer une femme à son corps. Que font ces Femens ? Elles défilent nues. Les féministes souhaitent, tout comme moi, qu’une notion de respect s’instaure entre hommes et femmes. Que font ces Femens ? Elles blasphèment des lieux religieux dans l’irrespect le plus total. Je dois accorder une chose à ces Femens, il est vrai que le respect ne se quémande pas, il s’impose. Mais aussi ironique que cela puisse paraître, l’essence même du respect est qu’il s’impose… avec respect, sinon nous n’avançons pas.

J’ai été élevé par des femmes plus que respectables qui ne se considèrent en aucun cas comme féministes. Elles se considèrent juste elles-mêmes avant de considérer leurs actions ou leurs vies par rapport aux hommes. Le secret se trouve peut-être là.

Tolstoï disait « Femmes c’est vous qui tenez entre vos mains le salut du monde ». Plus que de le tenir, servez vous-en.


La vie d’Eymeric #1
Photos David Boisseleau 

Eymeric Macouillard

Eymeric Macouillard

Etudiant en Master Stratégie des Marques à Sup de Pub, il trouve ses inspirations entre Bukowski et Céline. Depuis sa fenêtre de bus il observe ce monde et tous les jeudis il tente de faire un bilan. Embarquez donc avec lui pour "La vie D'Eymeric" et retrouvez sa vie, ses avis et sa passion pour l'écrit ... "
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