Piger l'Europe

L’économie libérée, l’Europe cannibalisée

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, il s’est agit de faire la paix et d’assurer la prospérité d’un continent ravagé. En vocable des traités cela donnait « établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens » et « promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la communauté ».
Comme les peuples n’y étaient pas prêts, un des pères fondateurs, J. Monnet, atlantiste et libre-échangiste convaincu, proposa de mettre en commun le charbon et l’acier, piliers de l’industrie de la guerre.

Europe, de l’idée aux faits

La Communauté du Charbon et de l’Acier de 1951 a été approfondie par un marché commun devenu unique en 1986.

Les marchandises, les services, les personnes et les capitaux circulent librement dans une vaste zone de libre-échange, protégée par un tarif douanier extérieur commun. Croyant à l’efficience des marchés, on s’est dit que les économies seraient plus efficaces donc que les prix baisseraient et que les consommateurs auraient un pouvoir d’achat en hausse.

La croissance et son corolaire, la création d’emplois, seraient au rendez-vous.
L’Euro, monnaie unique, est venu ensuite parachever ce processus d’intégration économique. Cette nouvelle monnaie est gérée par la Banque Centrale Européenne, dont le siège est à Francfort, avec comme seul et unique objectif la lutte contre l’inflation.

Et oui, pour que les allemands acceptent, eux qui depuis les années 30 ont une petite phobie de l’inflation, aura-t-il fallu leur promettre que la hausse des prix serait contrôlée, afin que la nouvelle monnaie reste aussi forte que ne l’était le Deutsche Mark. A l’évidence, la croissance, n’a jamais été la priorité de la BCE.
Avec une seule monnaie (une politique monétaire unique), il aurait fallu un seul budget (une politique budgétaire unique) mais les États n’ont pas voulu se défaire d’une de leur dernière prérogative en matière de politique économique.

On a donc encadré les politiques budgétaires : le fameux 3% du PIB, soit le fait que le déficit budgétaire ne soit pas supérieur à 3% du PIB.

Carences et défaillances

Au final, les États ont quand même perdu leur souveraineté en matière de politique budgétaire : il n’y a qu’à voir comment hier la France s’est faite tancer par la Commission, par la voix de P. Moscovici…
Et ce n’est pas le misérable budget européen plafonné à 1% du PIB qui peut aujourd’hui relancer l’activité.
L’Europe est ainsi la seule zone au monde à s’être engagée dans une intégration économique et monétaire bâtie sur le dogme de l’efficience des marchés, la concurrence «libre et non faussée » ; le rôle des pouvoirs publics se bornant à créer un cadre légal et institutionnel assurant ce sain fonctionnement de la concurrence. L’intégration politique devait suivre.
On a promis aux peuples des lendemains qui chantent : le marché unique, puis l’Euro qui devaient créer des millions d’emplois, le Traité de Lisbonne (2000) qui annonçait « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010»…

A défaut de chanter, rions… jaune.
Les mécanismes de marché sont peu à peu en train de détruire l’idée même d’Europe.
Les économies loin d’avoir convergées, sont en concurrence les unes avec les autres. C’est ainsi que l’on peut interpréter la politique de l’offre de F. Hollande : CICE et pacte de responsabilité (30 milliards) répondant aux réformes Schröder des années 2000.

L’Europe est devenue une zone de dumping social et fiscal dans laquelle les territoires sont sans cesse mis en compétition.
Bien avant la crise financière de 2008, qui n’a finalement fait que révéler les carences et défaillances de la construction européenne, l’échec était patent.

Aujourd’hui, la croissance est atone, un chômage de masse gangrène certaines sociétés européennes et y fragilise le lien social, prés d’un quart de la population de l’Union est menacée par la pauvreté, les partis eurosceptiques ont progressé aux dernières élections européennes et nul discours ou projet fédérateur à l’horizon si ce n’est de rembourser la dette.
Ah si quand même un succès : l’inflation est si bien terrassée que la déflation menace …. comme dans les années 30 ! A croire que l’on est devenu un continent de vieux rentiers.

 

 

Géraldine P.

Géraldine P.

"A long terme nous serons tous morts", disait J.M. Keynes, mais d'ici-là rien ne nous empêche de comprendre pour résister et proposer.

1 Comment

  1. 11 juin 2015 at 18 h 38 min

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