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Les capuches sociales

En ce jeudi, je me dis que qui ne tente rien n’a rien. Après tout je vendrai toujours plus de livre que Christine Boutin. 38 exemplaires ? En 5 ans ? Vraiment ? Pourtant dieu sait qu’elle est proche de sa famille. Bizarre qu’ils ne l’aient pas acheté. J’espère au moins que le cousin, euh le mari pardon, y a été de son petit chèque… Cette digression étant finie, voici l’intitulé de mon billet : Les capuches sociales, dont le narrateur est un autre que moi.

<< Bonjour, je m’appelle Z, je ne sais pas vraiment où j’en suis dans ma vie. J’enchaîne les plans Q, je n’ai pas vraiment de plan A encore moins de plan B, puis parfois ça m’arrive de toucher à la C. Je cherche encore l’instant T qui me fera vibrer, celui/celle loin des cabines d’UV et du matérialisme. Je suis issu de la génération Y et il y a X raisons qui me poussent à vous raconter mon histoire.

PS : Je ne sais pas non plus où je me place sur l’échiquier politique, entre parti socialiste et UMP je crois que je suis resté dans la boîte.

En fait si je vous fais ce récit c’est que le problème que je vais aborder touche toutes les strates de la société. Je le vois chaque année, chaque mois, chaque semaine, chaque jour, chaque heure, chaque minute depuis ma tendre enfance.

Je l’ai parfois subi, parfois j’ai été complice. J’étais ce(tte) con(ne) qui plissait les yeux pour pas voir l’énorme bande d’enculés sans aucune réflexion, ou alors réflexion des plus stupides, qu’on forme tous ensemble.

Bordel « Le tous ensemble » mais qu’elle foutaise cette expression ! On juge constamment l’autre, on tend à séparer les gens constamment et on parle du vivre ensemble, du tous ensemble ? En vérité, ce n’est pas ça le vrai problème. Qu’on soit tous ensemble à juger c’est une chose. Qu’on soit tous ensemble à juger selon l’apparence, ça en est une autre.

Et c’est à ça que je veux en venir. C’est quoi cette manie constante de juger les gens à leurs apparences, c’est quoi cette manie de foutre des capuches sociales sur la tête de tout le monde ? J’emploie volontairement le terme capuche sociale, parce que bon sang que c’est parlant. Vous avez vu la différence de regard entre le moment où vous portez une capuche et le moment où vous l’enlevez ? Vous avez vu comment la même personne peut vous regardez différemment juste parce que vous avez quelque chose ou non sur la tête ?
Bah ! Le souci c’est qu’on fait ça avec tout et tout le monde. Tout est prétexte à la capuche sociale, tout est prétexte au jugement hâtif, tout est prétexte à l’obscurantisme.

Le pire dans tout ça, c’est que ces capuches sociales ne protègent en rien du flot de paroles malsaines que l’on déverse. Parfois les gens pleurent des larmes des lames que vous leur lâchez. Puis ce n’est pas fini, plus le temps passe, plus la dictature de l’image s’accroît, plus vous les aiguisez.

Boum et ça tranche, boum ça sépare les gens, Boum ça les blesse. Je dis boum mais au fond ça n’a rien d’une bombe ce que je vou dis là. Parce qu’on le constate tous, mais on vit tous avec. On ne dit rien, on ne fait rien.

Pourtant suffit de checker le site BFM TV ou de surfer sur Google pour voir qu’une femme au doux sobriquet de Sabrina s’est faite renvoyer parce qu’elle était « trop grosse ». Comprenez, Sabrina travaillait dans le monde de la beauté, et selon sa patronne ne « reflétait pas l’image de son métier. »

Mais quelle remarque de femme née un jour férié et finie à la pisse ! Puis en plus, partons d’un postulat : la mère de cette patronne était elle même grosse. Pourtant la mère de cette patronne a nourri sa fille quand elle était jeune, parce que la mère de cette patronne avait un emploi et la mère de cette patronne l’a gardé malgré ses rondeurs. Imaginons que ce postulat soit vrai, cette patronne paraît d’autant plus conne. S’il est faux ? Cette patronne reste tout aussi conne.

Et ce n’est pas fini, je prends le cas d’Alex, un jeune garçon avec qui j’ai eu l’occasion de parler dans le bus. Il m’a confié que les autres se fichaient de lui. Ils se fichaient de lui parce qu’Alex a des lunettes, parce qu’Alex porte des grosses chaussures et les cheveux longs. Trop longs à leur goût, trop grosses les chaussures à leur goût et pas assez au fait de la mode les lunettes selon leurs goût. C’est marrant comme des goûts communs peuvent provoquer le dégoût chez moi. Parce que vous me dégoûtez sincèrement.

Des exemples, il y en a plein d’autres. Pour en citer un dernier, il y a ce couple qui mangeait sur un marché de Londres. Ce couple était heureux et beau et ce couple mangeait. Et comme il mangeait, ils se sont mis un peu de sauce au coin de la lèvre, ils se sont échangés leurs sandwich afin de goûter. Bref il mangeait ce couple. Puis à côté il y avait deux bécasses. Et je vous jure que je ne me suis permis de les appeler bécasses qu’une fois que je les ai entendues parler. Parce que ces deux nigaudes se sont permis de juger à l’apparence, elles ont enfilé cette capuche social à ce couple, malgré lui.

Pensant que ce n’était pas des Français, elles se sont lâchées à voix haute en français : « Regarde la elle, elle ne sait pas manger, et lui regarde-le, il échange sa bouffe avec elle. Ça doit être un couple tellement ennuyeux, ils doivent s’emmerder. Ils sont ridicules. C’est vrai que ce n’est pas cliché du tout de s’échanger sa bouffe. Pathétique.  »
Diantre, j’espère juste que c’est propre à la France, que le monde entier n’est pas comme ça. J’ai des doutes.

En fait c’est ça le souci, tout le monde porte des capuches en fait. Parce qu’on se sent tous à l’aise à notre manière. Pour certains leur capuche va être vestimentaire, d’autre physique oui, d’autre ça va être leur métier, le style de musique qu’ils écoutent … N’importe ! On porte tous des capuches, c’est inhérent à l’humain. Mais le comble, c’est que le propre d’une capuche c’est qu’elle protège quelque chose à la base. Ça s’enlève une capuche. Mais nous non, on prend pas le temps de faire ça. Ça nous effraie les capuches :

« C’est une racaille il a une capuche !! »

Non, il fait juste froid.

« Ah cette goinfre elle est énorme, elle ne sait pas se tenir à table »

Non, elle a juste une maladie.

« Oh le terroriste il a une barbe et il se lève dans l’avion au secours. »

Non, c’est juste un hipster qui a envie de pisser.

Sauf que le temps passe et plus ça va et moins les capuches protègent, plus ça va plus elles blessent. Puis comme on est con, au lieu de se tourner vers celui qui pointe du doigt, on regarde ce qu’il pointe. Et on se voit, on se voit et on s’en veut, on s’en veut d’être ce qu’on est :

« Putain pourquoi j’ai mis ma capuche aussi ».

T’avais juste froid mec.

« Putain pourquoi je suis grosse, regarde moi je suis débile ».

T’es juste malade mec.

« Putain pourquoi je veux faire le mec différent pour me démarquer moi aussi ».

C’est juste une barbe et une petite vessie mec.

Dézoom, prends du recule, constate. On tourne en rond, on est tous en train de se pointer du doigt. Mais rien qu’on se focalise sur le bout de nos doigt. Moi je me suis trop longtemps regardé le nombril quand ils ouvraient leurs bouches, remis en cause pour leur faire plaisir, torturé pour mieux qu’eux jouissent de la situation. J’avais trop la tête dans le guidon si bien qu’un jour : PAF je suis mort.

Ouais une voiture m’a heurtée, de plein fouet, je suis mort sur le champ. J’ai rien vu arriver si ce n’est les railleries. Et la maintenant que je suis mort je suis toujours qu’un gros ? Je suis toujours qu’une racaille ? Je suis toujours qu’un terroriste ? Je suis toujours ces stupides quelque likes sur mes réseaux sociaux ? Je suis toujours un follower ?

Non parce que tout ce que ma mère a eu l’opportunité de suivre, c’est le corbillard dans lequel mon cercueil vide a été transporté. Vide parce que mon corps était trop abîmé par l’impact de la caisse. Mais en même temps ça fait longtemps qu’il était vide et qu’il était un cercueil à lui tout seul. Longtemps, parce que mon esprit lui était trop abîmé par l’impact de vos jugements.
Toujours est-il que je n’ai rien vu arriver je ne l’ai pas vu arriver. A vrai dire j’ai juste vu les lumières des phares refléter sur le sol mouillé ce jour-là. Le comble c’est que j’avais une capuche et qu’elle m’obstruait la vue. Comme si la mort elle aussi s’était laissée absorber par vos conneries de capuches sociales, comme si elle aussi avait jugé que ce jour-là, au vue de mon apparence, et bien non : je ne méritais plus de vivre. >>

La vie d’Eymeric #3
Photo © Marie Jourdain ➤ http://maryieh.fr/

Eymeric Macouillard

Eymeric Macouillard

Etudiant en Master Stratégie des Marques à Sup de Pub, il trouve ses inspirations entre Bukowski et Céline. Depuis sa fenêtre de bus il observe ce monde et tous les jeudis il tente de faire un bilan. Embarquez donc avec lui pour "La vie D'Eymeric" et retrouvez sa vie, ses avis et sa passion pour l'écrit ... "
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